Gn 11, 1-9 ; Ex 19, 3-8a.16-20b ; Ez 37, 1-14 ; Jl 3, 1-5a ; Ps 103 (102) ; Rm 8, 22-27 ; Jn 7, 37-39

Vous savez quoi ? Je me fais l’impression d’être comme ces bouteilles de champagne, pas celles qu’on oublie maladroitement au congélateur et qui finissent par éclater ; mais plutôt comme ces bouteilles de champagne qu’on sort au bon moment du repas, le bouchon pète… Et alors, c’est toute la joie, cette saveur, ce nectar qui jaillit de la meilleure bouteille de champagne qui soit !

Nous sommes vraiment dans l’attente de l’Esprit Saint. C’est un peu comme s’il y avait une sorte d’hésitation en nous : qu’est ce qu’on ne peut pas faire, qu’est ce qu’on peut faire ? Avec cette certitude que la descente de l’Esprit Saint en nous, au moment voulu par le Seigneur, va nous permettre d’exprimer pleinement notre joie. On la perçoit déjà dans la manière de nous retrouver, de participer ensemble à ces célébrations depuis que nous avons le droit de nous retrouver en présentiel au dessus de 10 personnes. Il faut que cette joie continue de jaillir en nous.

J’avais une autre image ; je n’ai pas des visions, mais vraiment en écoutant la Parole de Dieu, comme à la vigile pascale dans cette vigile de pentecôte, nous avons entendu tellement de lectures (on les a toutes prises en fait), ça me faisait vraiment l’impression, vous savez quand on a marché sous le soleil, dans la poussière, dans le sable et qu’il fait sec, qu’il fait chaud, qu’on est crasseux… et au fur et à mesure que ces passages de la Parole de Dieu étaient proclamés, l’impression petit à petit d’être nettoyés, d’être revigorés, revitalisés, d’être purifiés et de redevenir vivants.

C’est vraiment cette expérience que je voudrais partager avec vous. Alors, je vous propose une petite chose pas du tout prévue… Ça arrive parfois !

Vous avez un petit papier là, sur lequel vous pourrez marquer quelque chose… Ce petit papier est destiné à respecter la loi informatique et liberté : nous sommes tenus d’avoir votre consentement pour continuer à vous envoyer des mails et des informations.

Ce que je vous propose : mettez sur ce papier le passage, même si vous ne vous le rappelez pas par cœur, le passage de l’Écriture que vous avez entendu et qui vous a marqué. Marquez le s’il vous plaît, pas maintenant, maintenant il y a mon homélie… Chaque chose en son temps ! Mais quand vous allez remettre ce papier dans les corbeilles, mettez dessus le verset, le mot qui vous a touché.

Moi il y en a quelques uns… Par exemple, dans le récit de Babel : vous savez la raison pour laquelle ça s’est passé comme ça, pourquoi Dieu nous a dispersés de cette manière ? Parce que les hommes voulaient monter au ciel. Ce qui n’est pas grave en soi, c’est notre destinée… D’ailleurs, nous n’avons pas à y monter, puisque c’est le Seigneur lui-même qui est descendu pour nous emmener avec lui. Mais ils l’ont fait pour s’édifier eux-mêmes, vous avez remarqué ça ? Quand vous relirez la première lecture, vous verrez c’est un peu le drame de notre humanité, c’est très actuel ! L’humanité veut s’édifier elle-même, sans Dieu ! Est ce que Dieu pourrait laisser les choses de cette manière là, nous laisser dans l’illusion ?… Je ne dis pas que le coronavirus est la punition de Dieu, je n’ai pas dit ça du tout… Je m’appuie simplement sur l’Écriture pour comprendre pourquoi Dieu agit de cette manière là. Pouvait-il nous laisser dans l’illusion que nous sommes capables de nous édifier nous-mêmes ? Et vous avez vu d’ailleurs le passage suivant, où le peuple, comme des “ossements desséchés” : nous n’avons pas la vie en nous-mêmes. S’il n’y a pas celui qui est la source de la vie, pour nous la donner, comment pouvons nous nous la donner à nous-mêmes ?

Et j’ai beaucoup aimé cette manière qu’a Dieu de parler de son peuple “Ô mon peuple !” on sent vraiment cette compassion de Dieu, une compassion qui ne peut pas s’arrêter simplement à des mots. Mais la réponse de Dieu à la souffrance de son peuple parce qu’il s’est éloigné de lui, nous la connaissons. Elle est là (Père Gilles montre Jésus sur la croix-NDLR)

Dans l’évangile d‘aujourd’hui, ces quelques versets extraordinaires ; ça se passe à une des fêtes les plus importantes pour les Juifs : les fêtes du tabernacle, la fête des tentes. Vous savez ce qui s’y passait ? D’abord, c’est le “jour solennel”, le dernier jour, le jour le plus important. Les juifs se réunissaient par milliers au temple parce que le Temple est le centre du monde pour les juifs. Ils allaient chercher de l’eau à Siloé et ils faisaient circuler cette eau autour de l’autel du Temple. C’était une manière de demander les pluies d’automne, mais c’était aussi une manière d’honorer la prophétie sur les eaux : “Des eaux jailliront” Et alors le peuple attendait que de l’eau jaillisse du Temple !

Mais Dieu va donner en son Fils Jésus une autre réponse : vous croyiez que c’est vraiment de là, de l’autel du Temple, que l’eau va jaillir ? Qu’est ce que Jésus a répondu à la Samaritaine ? Je me rappelle très bien que nous avons commencé ce temps de retraite un peu particulier par l’évangile de la Samaritaine. Qu’est ce que la Samaritaine demande à Jésus ? Elle dit “Nos pères disent qu’il faut adorer sur la montagne. Et vous vous dites que c’est à Jérusalem.” Vous vous rappelez ce que Jésus a répondu ? “Ce n’est ni sur la montagne, ni à Jérusalem. Mais le temps est là, le temps est proche où les adorateurs du Père adoreront en esprit et en vérité.” C’est de son cœur que vont jaillir les eaux vives et c’est vraiment ça que Jésus vient nous promettre, vient accomplir. On n’est plus dans le temps de la promesse.

Et vous avez vu comment il fait ? L’expression est très belle dans l’évangile : “Jésus, debout, s’écria” Malheureusement, c’est un peu pauvre comme traduction. D’abord, le fait qu’il s’écrie, il crie… Vous voulez que je crie ? Pourquoi est ce que je crierais ? Pour que vous entendiez. Jésus crie  “Lazare sors du tombeau !” parce que le cri de Jésus est le même que celui sur la croix. C’est l’appel à la vie qui est plus fort que tout, l’appel à la vie qui est en nous, au cœur même de ce qui est mort en nous pour nous appeler à la vie. Ainsi, il s’écrie. Et qu’est ce qu’il s’écrie ? C’est comme un commandement… Mais d’abord, il est debout, le terme est très pauvre en français, malheureusement. En fait, il se dresse, c’est ce que dit le texte, il se dresse. “Dressez-vous, dressez-vous !” (Père Gilles s’adresse à l’assemblée qui se lève – NDLR) ça fait du bien, hein ? C’est le même mot pour dire qu’il est dressé sur la croix. Il est dressé sur la croix. Ce n’est pas l’enseignant qui parle, c’est le victorieux. Asseyez-vous (Père Gilles s’adresse de nouveau à l’assemblée-NDLR). Dressez-vous ! Jésus s’est dressé comme il est dressé sur la croix. Comme il est dressé à la droite du Père. C’est le Christ victorieux.

Et qu’est ce qu’il nous dit ? C’est un commandement “Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive.” C’est un commandement, une invitation, c’est le jaillissement de son cœur. “J’ai soif !” tel est son cri sur la croix. J’ai soif, j’ai soif d’une vraie relation avec toi. J’ai soif d’une relation avec toi, parce que c’est de ce lieu que va jaillir l’eau vive,  jaillissante pas une eau stagnante ! Le monde a-t-il besoin d’autres eaux stagnantes ! Vous voulez de l’eau stagnante ? Vous irez à la sacristie, il y a un évier qui est bouché… C’est la même interprétation que la Mer Morte : c’est une eau stagnante pour les juifs, la Mer Morte est le symbole du péché ; elle reçoit et ne donne rien. Jésus nous promet une eau jaillissante, pas une eau stagnante…

Quelle est la condition ? Venez à moi, venez à moi si vous avez soif. Et le fruit, le fruit, c’est “de ton cœur couleront des fleuves d’eau vive.” Il y a beaucoup de promesses de Jésus comme ça qui sont le fruit de cette invitation à lui faire confiance. La promesse de la vie éternelle “Si tu crois en moi, tu auras la vie éternelle[…] Si tu crois en moi, tu feras les mêmes œuvres que moi et tu en accompliras même de plus grandes puisque je m’en vais vers le Père et je monte vers le Père, alors vous recevrez l’Esprit Saint […] Si tu crois en moi, tu vivras, tu ne mourras pas pour toujours.” Et là, il nous dit : “Si tu crois en moi, des fleuves d’eau vive jailliront de ton cœur. “

Comme à la Samaritaine. Voyez comme notre temps a été encadré par ce désir de Dieu, que nous soyons enfin vivants, et pas des faux vivants… pas des vivants qui sont comme des citernes lézardées, c’est un autre passage de l’Écriture. Nous pouvons constater que notre vie sans Dieu, sans sens ultime est une vie trop pauvre. Croyez vous que ce Père qui nous aime infiniment veut que nous restions dans une vie aussi pauvre ? Je ne dis pas que votre vie est pauvre, mais si nous avons l’expérience, et je pense que c’est vraiment l’expérience, que le monde est dans l’attente d’autre chose, quelle est la vocation des chrétiens ? C’est d’être des sources d’eau vive jaillissante. Pas de petits ruisselets qui coulent et qui ne suffisent pas pour abreuver ceux qui ont tellement soif de sens. C’est notre vocation, frères et sœurs. Nous sommes cela pour le monde. Si on veut s’abreuver à des sources qui n’abreuvent pas, qu’est ce que nous pouvons donner ? Vous connaissez l’histoire : comment donner à boire à un âne qui n’a pas soif. Vous savez comment on fait ? On le met à côté d’un âne qui boit… Un jour, j’ai dit ça en homélie ; il y avait malheureusement dans l’assemblée un maître d’ânes. Et il m’a dit “Mon Père, si vous connaissiez les ânes, vous ne diriez jamais quelque chose comme ça… Parce qu’un âne, s’il n’a pas envie de boire, c’est pire qu’un bourricot !” ça nous arrive un peu… Moi, ça m’arrive un peu d’être comme ça, de dire “Seigneur, non je ne veux pas”

Et voyez, c’est la finale de l’évangile :  “Il parlait de l’Esprit Saint” C’est très clair pour nous, c’est ce que nous allons recevoir demain. Ce n’est pas quelque chose, c’est quelqu’un ! Et pourquoi est ce que c’est important ? Parce qu’il y a une attente de réciprocité. C’est dans ce sens là que c’est très important de  concevoir que l’Esprit Saint n’est pas une force ou une énergie, mais c’est quelqu’un, c’est une personne. Et si une personne peut être en relation avec nous de telle manière que nous allons pouvoir accomplir des oeuvres encore plus grandes que celles du Christ, qu’est ce que cette personne attend de nous ? Et bien, que nous l’accueillions et que nous lui répondions.

Des fois, Jésus nous parle dans les Écritures. Est ce que nous lui répondons ? C’est quand la dernière fois où on a répondu à Jésus ? Non pas qu’on lui a demandé quelque chose, mais qu’on lui a répondu. Vous savez c’est ce que nous vivons dans la lectio divina…

Juste encore une petite chose : ”Il ne pouvait y avoir l’Esprit, puisque Jésus n’avait pas encore été glorifié.” C’est vrai que dans l’Ancien Testament, quand on regarde, l’Esprit Saint agit beaucoup depuis le livre de la Genèse : l’Esprit de Dieu, Dieu qui souffle son haleine de vie dans les narines d’Adam. Mais là, avec Jésus, la prophétie qui annonce que l’Esprit Saint sera sur toute génération, sur toute personne, du plus jeune au plus ancien, le désir de Dieu, le désir de Dieu est que nous exercions tous les charismes, les dons et les prophéties qu’il diffuse, qu’il livre en nous de manière si abondante. C’est pour ça que tout à l’heure on va faire apporter devant nous tous les dons de l’Esprit Saint, sous la forme symbolique de vasques fumantes comme la prière qui monte vers le ciel. Mais est ce que nous désirons vraiment les dons de l’Esprit Saint ? Est ce que vous pensez que l’Esprit Saint quand nous l’avons reçu à la porte de notre coeur, est resté à attendre “je me débarrasse de tous les dons parce que ça va m’encombrer ! Je viens moi, mais sans les dons… Je les laisse à la porte”.

Vous croyez que Dieu qui nous aime agit comme ça ? Dieu pétille de joie, il pétille de joie comme les bulles dans la bouteille de champagne. Il pétille de joie à l’idée de se communiquer à nous et de nous communiquer tous les dons, tous les dons pour changer le monde, pour le transformer. C’est notre vocation à la sainteté, ce n’est pas une option ! C’est notre vie baptismale qui est en jeu. Le pape Jean-Paul II, quand il est venu en France : “France, fille aînée de l’Église, qu’as-tu fait des promesses de ton baptême ?” Qu’est ce que nous allons offrir au monde maintenant ? Qu’est ce que vous voulez lui offrir, à ce monde ? Dans l’état dans lequel il est aujourd’hui ? Est ce qu’on va prier pour qu’il pleuve ou est ce qu’on va oser demander plus ? Et simplement répondre à cette question de Jésus : “Si tu as soif, viens, viens, tu vas voir ce qui va se passer mon ami. Viens, n’aie pas peur, c’est gratuit, sans argent, sans rien payer. Viens, ouvre ton cœur, ouvre ton cœur, et moi, je vais le remplir de ma vie, de mon eau vive, et tu vas devenir une source jaillissante en vie éternelle.”

 C’est la promesse de Dieu, ça ne peut pas nous tromper, ce n’est pas possible. Il y a beaucoup de gens qui peuvent dire de belles paroles qu’ils ne peuvent pas tenir. Mais Dieu, quand il parle, est ce qu’il peut se tromper ? Est-ce qu’il peut mentir ? Est ce qu’il peut nous décevoir ?

Donc, vous faites ça, c’est d’accord, vous le faites ? C’est là qu’ils me disent “Mais quoi donc, mon Père ?” Ce que je vous ai demandé au début… Il parait que l’homélie, c’est le début et la fin : ce qu’il y a entre les deux, ce n’est pas important (C’est maintenant qu’il le dit…-NDLR) Donc je vous propose, sur une petite feuille de papier, noter le mot ou la phrase…

Moi, je vous dis simplement ce mot de Jésus : “Ô mon peuple”. Ça me touche tellement que Dieu nous parle de cette manière là ! Et c’est pour aujourd’hui, frères et sœurs, ça nous concerne dans notre vie aujourd’hui. Le monde a besoin d’une vraie réponse, le monde a besoin de vrais témoins, le monde a besoin de source, nous sommes cette source. Pas parce que nous sommes bons, mais parce que nous avons soif, que nous répondons à l’invitation de Jésus “Venez à moi, et de vos cœurs jailliront….” Vous connaissez la suite !