7ème semaine du Temps Pascal  Année A

Actes des Apôtres (20, 17-27)  Ps 67(68) Évangile st Jean (17, 1-11a)

                       

Nous avons enfin dans ce chapitre 17 l’explication de ce qui se passe dans le récit des noces de Cana. Quand Marie, voyant qu’il n’y a pas de vin, dit : « Ils n’ont pas de vin », – elle ne dit pas : ils n’ont plus de vin – alors qu’il y en avait, et le vin est venu à manquer…  Elle le dit à Jésus, son Fils. Jésus lui dit : « Femme, mon heure n’est pas encore venue ». Mais on sait bien que par son attitude, son obéissance filiale, par la confiance qu’elle a en Jésus, Marie va obtenir de Jésus qu’il accomplisse non pas le premier miracle dans l’évangile selon Saint Jean, mais le premier signe. On dit que Saint Jean est un livre de signes… On parle plus de signes que de miracles.

Le signe oriente précisément vers une clé qui permet de tout comprendre. Or, la clé qui permet de tout comprendre de ces signes accomplis par Jésus en saint Jean, c’est justement la Croix. La croix est la clé pour comprendre tout ce que Jésus a fait, pourquoi il est venu… Nous comprenons donc que l’heure vers laquelle Jésus est tendue, au sujet de laquelle il dit qu’elle n’est pas encore venue quand Marie lui a demandé d’accomplir ce miracle, c’est l’heure de la glorification du Père par le Fils. C’est-à-dire que Jésus, en mourant sur la croix va manifester la Gloire de son Père. Dans la Bible, la gloire est la densité de la vie, le poids de l’existence…

Le poids de l’existence éternelle de Dieu c’est l’Amour – c’est l’autre nom de Dieu – il faudrait même dire la Miséricorde est l’autre nom de Dieu !

À ce moment là où Jésus va faire le sacrifice de sa vie, il va pleinement manifester la gloire de son Père et c’est légitime qu’il demande au Père en retour cette gloire qu’il avait auprès de lui de toute éternité, à laquelle il a renoncé pour pouvoir accomplir la volonté de son Père. Si nous voulons vraiment comprendre qui est Dieu pour nous, il n’y a pas d’autres emplacements dans la vie que de se tenir au pied de la croix, avec Marie. Pourquoi ? Sinon, la Croix peut être folie ou scandale… la croix sous toutes ses formes, c’est-à-dire également la croix que nous portons nous-mêmes, chacun de nous porte sa croix. Nous avons tous à revenir à la source qui est le cœur du Père, -nous le disions hier-, la bénédiction du Père… Il faut toujours revenir à la source de l’heure où Jésus glorifie son Père, où il manifeste le poids d’existence de son Père ; et c’est la Pâque du Christ. En toutes nos croix, il faudra revenir avec Marie au pied de la croix pour vraiment recueillir toute la fécondité de cette croix par laquelle nous sommes sauvés. Nous sommes associés à cette fécondité.

Jésus nous dit beaucoup de choses dans cet Évangile, il dit en particulier : « Moi je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’avais donné à faire. » Vous comprenez l’œuvre que Jésus a faite : d’abord que nous croyons en Celui qu’il a envoyé : l’œuvre du Père, c’est que nous croyons en celui qu’il a envoyé. Il n’y a pas d’activité, d’orientation plus importante dans notre vie plus importante que celle de la foi en celui qu’il a envoyé, en Jésus. On peut avoir d’autres activités dans notre vie, mais la plus importante, celle qui est la référence de tout c’est de dire : Seigneur, augmente en nous la foi… C’est la première œuvre que Jésus a accomplie. Il a tout fait pour que nous ayons confiance en Lui. Pourquoi ? Parce qu’il est le chemin vers le Père ! Si comme Philippe nous demandons à Jésus : « Montre-nous le Père », Jésus nous dit : « Tu connais le chemin » ! le chemin c’est ma vie… Nous pouvons fonder notre vie sur la Vérité qui est Jésus. La première raison pour laquelle nous savons que le Corps du Christ, l’hostie que vous allez recevoir –dont vous avez tellement manqué pendant le temps du confinement- la certitude que ça n’est plus du pain, mais le Corps du Christ, c’est parce que Jésus l’a dit ! « Si vous mangez ce pain, vous aurez la vie éternelle » ! Il l’a dit, donc, nous n’avons aucune raison de ne pas le croire et d’y engager notre vie… C’est pour cette raison que l’Eucharistie nous a tellement manqué, c’est pour ça que nous sommes tellement heureux d’y revenir !

C’est assez étonnant parce que Jésus dit : Ça y est, vous êtes parfaitement croyants, tout va bien, « vous avez tout accueilli de la Parole de Dieu » Mais en fait, ce n’est pas vrai ! Pardon, mais c’est un projet que Jésus affirme : grâce au don de l’Esprit Saint, nous allons vivre comme ça…

C’est cela qu’il dit à Simon-Pierre, juste après la résurrection : « M’aimes-tu ? M’aimes-tu ? M’aimes-tu ? » En grec ce n’est pas du tout trois fois la même question. À la fin, Jésus lui dit : « Maintenant, suis-moi » Suis-moi pour apprendre justement à être mon disciple, mon apôtre jusqu’au moment où tu pourras manifester à quel point tu m’aimes grâce au témoignage suprême du martyre. En attendant, « suis-moi » ! Notre projet de vie c’est de suivre Jésus. Quand il dit : « En accomplissant l’œuvre que tu m’avais donné à faire », il s’agit de notre vie à tous. Tous, comment pouvons-nous glorifier Dieu sur la terre comme on le demande dans le Notre Père… ‘Que ton règne vienne’ ? Comment pouvons-nous accomplir cela ? Justement, comme Jésus, en accomplissant l’œuvre, sur la terre, qui nous a été confiée par le Père ; c’est notre vocation. Et nous avons tous une vocation qu’il faut accueillir dans la joie. Vous connaissez probablement cette histoire racontée déjà dans le cadre de la vision pastorale. Sur un chantier où l’on taille des pierres pour construire une cathédrale, il y a une sorte de journaliste qui questionne un tailleur de pierre : « Qu’est-ce que vous faites ? », celui-ci lui répond, un peu désabusé : je taille une pierre, ça se voit bien ! Il en questionne ensuite un deuxième qui lui répond avec plus de joie : moi, je taille une voûte d’ogive, et le troisième, plus rayonnant encore, lui dit : moi, je construis une cathédrale !… La même œuvre dans notre vie peut être vécue de trois manières différentes. L’important quand il s’agit d’accomplir l’œuvre que le Père nous a donnée, comme dit Thérèse de Lisieux « c’est d’accomplir les plus petites choses dans la joie et avec amour » ! Dans tout ce que nous faisons, nous ne bâtissons pas obligatoirement une cathédrale. Je ne suis pas sûr qu’il y en ait beaucoup qui aient participé à une telle œuvre, peut être en donnant de l’argent ou je ne sais quoi… En tout cas, tous avec le même enthousiasme, quelle que soit la tâche que nous accomplissons, nous pouvons construire le Royaume de Dieu…             Amen !