par le Père Gilles

Noël tomberait-il mal cette année ? Nous aurions préféré un contexte plus favorable, plus lumineux. Que nos yeux se portent sur les articles des journaux, nos oreilles sur les ondes, nos regards sur le monde qui nous entoure, nous trouvons la grisaille, l’inquiétude, la peur, la mort… nous aurions peut-être souhaité une trêve générale comme celle du front de 1914 durant laquelle soldats allemands et anglais ont stoppé les hostilités pour quelques heures de paix…

Pourtant à y regarder de plus près, il y a deux milles ans, à Bethléem en Judée et dans les alentours, la situation n’était pas plus enviable. Pour lui annoncer une grande lumière, le prophète Isaïe s’adresse à ce peuple qui marchait dans les ténèbres. 

Il y a dans cette nuit de Noël un mystère d’impuissance. Cette lumière annoncée par Isaïe n’est pas flamboyante ni artificielle comme les néons des rues commerçantes, elle est intérieure et demande à être accueillie. La naissance de Jésus a inauguré une transformation en profondeur. Angélus Silésius, poète et mystique du XVIIème siècle a cette belle formule : « Christ serait-il né mille fois à Bethléem, s’il n’est pas né en toi, c’est en vain qu’il est né. (I, 61), et puis« Mystère impénétrable ! Dieu s’est perdu Lui-même, et, pour ce, veut en moi être enfant nouveau-né. (I, 201) ; Le ciel s’abaisse, il vient à nous et se fait terre ; Quand, s’élevant, la terre sera-t-elle ciel ? (III, 111). 

Ces formules sont d’un style particulier, mais elles disent surtout le grand désir que Dieu a de nous communiquer son amour ici et maintenant. Nous disons facilement aux enfants que Jésus est dans notre cœur, qu’il veut naitre dans notre cœur ; ce n’est pas une pieuse formule. Elle dit un mystère profond. Dieu veut se communiquer à nous par la foi. Il n’est pas venu changer les structures, mais sauver chacun de nous, nous plonger dans sa bénédiction, et faire de nous des artisans de son royaume. 

Beaucoup d’entre nous vivent de très douloureuses épreuves et marchent dans les ténèbres. Prions ensemble pour que nous puissions expérimenter cet amour de prédilection que rien n’arrête et que nous le laissions naître et lever en nous en cette sainte nuit. Car « voilà ce que fait l’amour invincible du Seigneur de l’univers ».

Père Gilles