Le Sycomore et le silence des arbres

par Marcel Bardon, diacre

Zachée ce petit homme tout-puissant veut voir Jésus le tout humble. Cet homme était tellement puissant et tellement riche qu’il pouvait se payer des soldats de l’armée romaine comme gardes du corps. Cela en dit long sur sa notoriété peu recommandable ! il est méprisé de tous à Jéricho.

Le voilà grimpé sur un sycomore, cet arbre est de la famille des figuiers. On sait que ses branches sont fragiles comme du verre et que son bois servait à confectionner des cercueils pour les momies au temps de l’Egypte ancienne. On ne parle que 3 fois du sycomore dans la Bible, toujours dans un contexte d’opulence. Puis il y a le prophète Amos qui est pinceur de sycomores, il dénonce l’argent, l’orgie des vautrés et les brailleurs de cantiques ! Alors ce riche Zachée, le voilà bien mal en point, grimpé sur son sycomore.

Merveille que les arbres, ils sont là dans un silence de cathédrale et ils poussent, surtout plantés aux bords des eaux. Jésus passe et interpelle le petit homme : « Zachée, descend vite, il me faut demeurer chez toi en ce jour. »

Il ne nous est rien dit de cette rencontre dans le secret de ces deux cœurs : celui du Fils de Dieu avec celui qui va redevenir par Lui un fils d’Abraham. En cet homme peu apprécié des siens se passe un retournement complet, une conversion, une « métanoïa ». Le cœur de Dieu a parlé au cœur de l’homme et de cette écoute, le cœur de l’homme fut atteint par le cœur de Dieu. Toute écoute part du silence, et il en faut pour recevoir la Parole. Le Verbe incréé est entré dans le cœur créé et tout autour s’est fait silence pour que la Parole soit reçue. Zachée a reçu la Parole à l’intérieur de lui-même et toutes ses habitudes extérieures ont fondues comme neige au soleil. On ne reçoit bien que quand on fait silence. N’est-ce pas ainsi qu’Élie, à l’Horeb, reconnut la Présence de Dieu dans le Silence subtil. Pour nos frères ainés dans la Foi, le figuier est l’arbre sous lequel il faut se blottir pour recevoir la Torah et la méditer, oui cela se fait sous le silence d’un arbre.

Et nous ! savons-nous rentrer dans nos églises avec une certaine qualité de silence ? Soignons, dans nos espaces de vie, les moments où le silence nous permet d’écouter les murmures du vent de l’Esprit, telle une brise légère ! Soyons comme ces arbres plantés aux bords des eaux, dont le feuillage est vert et qui portent du fruit. (Psaume 1)

Marcel Bardon, diacre