« Aimez vos ennemis »

 par Marie-Anne Gancel

Aimez vos ennemis ! Rien que ça ! Saint Luc ne nous dit rien de la réaction de l’auditoire de Jésus, mais on peut imaginer un léger brouhaha, voire quelques sourires en coin. Voilà qui est bien contradictoire, dans les termes même (un oxymore, pour être exact) : si c’est mon ennemi, je ne l’aime pas ; et si je l’aime, ce n’est plus mon ennemi.

Mais qui est un ennemi ? Jésus donne la réponse : ceux qui vous détestent, vous maudissent, vous injurient. Finalement, dans notre vie quotidienne, nous côtoyons parfois des ennemis : un voisin, un collègue, un membre de la famille… Sans oublier que nous pouvons également devenir l’ennemi de notre prochain.

Déjà, l’Ancien Testament invitait à respecter ses ennemis : Si ton ennemi tombe, ne te réjouis pas ; s’il s’effondre, ne jubile pas (Pr 24, 17). Jésus va plus loin encore, en nous demandant de les aimer ! Et l’amour du prochain ne consiste pas simplement à éprouver un sentiment d’affection ; aimer son prochain, c’est le faire grandir. L’amour est une action.

Robert Baden Powell, fondateur du scoutisme, disait qu’il y a en chaque garçon 5% de bon ; et que nous avons à faire grandir les 95% manquant. Aimer, c’est faire grandir en l’autre cette part de bonté et d’humanité que je lui reconnais et qui en fait un frère.

Jésus ne nous demande pas d’être indifférent, passif envers ceux qui sont mes ennemis. Il nous appelle à agir en leur souhaitant du bien, en priant pour eux, en tendant l’autre joue. Nous avons à prendre un chemin de désescalade de la violence ordinaire, en cherchant une autre voie. Finalement, dans le fait de tendre l’autre joue, c’est peut-être le mot autre le plus important.

L’exigence de Jésus, répétée deux fois, car nous avons tendance à l’oublier, est de bâtir des relations fondées sur l’amour. Ce qui parait impossible à notre cœur humain, ne l’est qu’en regardant le Christ donner sa vie sur la Croix. Aimer au-delà du possible, ne l’est qu’en regardant l’amour du Père pour chacun de nous.

Nous sommes ici dans le noyau incandescent de l’Evangile, dans un appel à une conversion profonde et radicale. Et la récompense promise pour celui qui écoute les paroles du Maître et les met en pratique est grande : « vous serez fils du Très-Haut ». Si le Christ veut cela pour moi, comment ne pas le vouloir aussi pour mes ennemis ?

 

Marie-Anne Gancel