Les « Boanergès »

par Marcel Bardon, diacre

Ainsi sont appelés, par Jésus, Jacques et Jean les fils de Zébédée. Jésus leur donne ce surnom affectueux ou taquin : les « fils du Tonnerre ». Tous les deux sont de fins pécheurs et ils occupent une place privilégiée dans le Collège des Apôtres. Ils ont été répertoriés parmi les premiers appelés avec Pierre et André. On les retrouve dès le début de l’Evangile de Marc, et ils ont le zèle de tout quitter sur le champ pour suivre Jésus. Ils auront même le privilège d’avoir un enseignement privé sur la ruine de Jérusalem.

Ils sont là quand Jésus ressuscite la fille de Jaïre

Ils sont là au mont Tabor au jour de la Transfiguration.

Ils sont là à Gethsémani lors de l’agonie … et ils dorment !

Ils sont là lors de la pêche miraculeuse après la Résurrection. Ils ramènent tant et tant de poissons, dont 153 bien gros et bien gras !

Ils sont là, toujours là !Non ! il y a un lieu où ils ne sont pas là, tant leur détresse est grande, c’est au pied de la croix.

Alors quel sens donner à cet épisode de l’Evangile d’aujourd’hui ?

Peut-on leur en vouloir d’avoir fait une telle demande au Seigneur – les autres Apôtres le leur reprochent – mais Jésus, non, il ne leur fait pas de reproche ! Jésus apporte un Royaume de Miséricorde qui ne juge pas.

Si Jésus apporte la Miséricorde du Père, et les Apôtres sont à l’œuvre avec Jésus pour que cette Miséricorde soit visible, Il ne peut qu’être Miséricorde pour les deux zélés présomptueux. On leur ressemble bien souvent !

Ils veulent être à droite et à gauche du Roi, Premier ministre et Ministre de l’intérieur ! Allons donc, pour être à une telle place, il faut en assumer toutes les conséquences. Et même après cela, après tous les mérites accumulés, Dieu seul connaît la place de chacun, et quelle place !

Rembrandt l’a bien signifiée cette place, dans son œuvre inouïe du « Père Miséricordieux ». Le Père souhaite notre place dans son giron, la tête contre son cœur immense alors qu’Il nous blottit entre ses bras. Aveugle qu’il est de notre suffisance et n’attendant que notre retour converti en son Fils. Et quand nous buvons à la coupe c’est bien notre conversion que nous mettons en jeu, ce n’est pas un droit que l’on s’octroie. C’est un cadeau gratuit.

« Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. » Soyons donc des serviteurs « inutiles ». Car Lui nous justifiera.

Marcel Bardon, diacre