« Une grande foule s’assembla… »

par Marie-Anne Gancel

En sociologie, la foule est un ensemble d’individus anonymes et semblables, rassemblé dans un même lieu et orienté dans la même direction. Dans notre société contemporaine, il nous est facilement renvoyé l’idée que chacun a du mal à exister pour ce qu’il est vraiment, qu’il faut revendiquer son bien-être, sa personnalité, ses choix ; faute de quoi, on reste une ombre dans la foule.

Dans l’Evangile de ce dimanche, le terme « foule » apparait 5 fois ! Et au milieu de cette foule qui l’écrase, Jésus va. Pas au gré des mouvements de la foule, mais à la suite des rencontres personnelles qu’il fait.

D’abord Jaïre, un des chefs de la synagogue, un homme important connu de la population : il implore de Jésus la guérison de sa fille. Puis la femme malade, anonyme, qui ne s’exprime pas, reste cachée, mais dont Marc nous révèle les pensées et ressentis les plus profonds. L’un et l’autre ont ce geste insensé de se jeter aux pieds de Jésus. Par là, ils bravent l’interdit religieux, se moquent du regard des autres, de ces anonymes qui entourent Jésus.

A travers le regard qu’il porte sur eux et sur leur demande de guérison, Jésus les sort de l’anonymat, en fait des personnes dignes d’être regardées, entendues, aimées, guéries pour témoigner de la Gloire de Dieu qui remet l’homme debout. Et à travers eux, c’est toute cette foule qui devient « quelqu’un », qui est invité à voir ce qui ne se voit pas, la guérison de la femme, et à ne pas être témoin de ce qui se voit, le retour à la vie de la fille de Jaïre.

Etre chrétien, c’est posséder en soi ce trésor de vie : Jésus me regarde et il m’aime. Dans cette foule que je peux sentir anonyme, indifférente ou même hostile, le Christ vient me redire « Ne crains pas, crois seulement ».

 

Marie-Anne Gancel